ROGER DAROUX 1952

Roger Darroux le 29 juin 2015 

J'ai effectué un séjour de 5 mois du 20 Décembre 1951 au 31 Mai 1952 au centre Hélio Marin (on disait La Colonie) L'Enfant Roi à Hendaye au château de Bordaberry. J'avais 9 ans et j'étais accompagné de mon frère âgé lui de 6 ans. Nous étions des enfants de la guerre et nous avions souffert de malnutrition et avions une faible constitution. Nous étions envoyés par l'assistante sociale de l'usine où mon père travaillait (Forges de Gueugnon en Bourgogne). Après un voyage en train qui a duré une "éternité " nous arrivons à la Colonie, et nous sommes surpris par la beauté des lieux et la douceur du climat. Tout de suite pris en main par une "cheftaine " nous voilà habillés de l'uniforme qui ne nous quittera plus (quel que soit le temps !): un maillot de bain, un tee-shirt et une paire d'espadrilles. Mon frère et moi avons été séparés (lui dans le groupe des petits et moi dans celui des moyens : nous ne nous reverrons pratiquement plus pendant 5 mois). Le moral était très bas : le même jour j'étais séparé de ma mère et de mon frère et il ne fallait pas attendre de réconfort de la part des adultes qui nous entouraient. J'ai vite compris que le terme "enfant roi " ne serait qu'une utopie. Ces adultes nous considéraient comme des "fortes têtes " qu'il fallait "mater" à coups de brimades toutes plus vicieuses le unes que les autres. Je me souviens de camarades obligés de remanger leur vomi, la tête mise dans le drap taché d’urine, punis car ne dormant pas pendant la sieste, punis car rongeant leurs ongles, etcétéra. Mon drap ne fût pas taché d'urine mais très souvent mouillé de larmes. Nous étions "prisonniers" pour une durée indéterminée, seuls au monde et ne pouvant communiquer avec nos parents que par une carte fournie par la direction (qui était donc lue avant expédition ou mise à la poubelle. Les journées avaient pratiquement toutes le même emploi du temps : - le matin école où les instruments d'écriture étaient soit le crayon de papier soit le crayon à ardoise et il ne fallait ni les user ni les perdre. Je me souviens d'avoir remplacé mon crayon ardoise qui était cassé par un caillou que j'avais ramassé au bord de la route. - l'après-midi : sieste interminable sur des lits de camps de l’armée, puis goûter (où les tartines de confiture sont un bon souvenir) - promenades dans la forêt où il fallait marcher sans arrêt. Je me souviens d'y avoir souffert de la soif car on nous rationnait l'eau au moment des repas (pourquoi ?) - promenades vers la plage : il fallait d'abord faire une longue marche : sortir de la colonie par le porche où était gravé le "sigle enfant roi «, prendre à droite la route de la corniche, marcher encore puis à gauche prendre un sentier escarpé qui descend rapidement à l'Océan . Là c'est très beau mais pas de belle plage de sable, seulement quelques rochers qui gardaient un peu d'eau où nous pouvions faire la chasse aux crevettes : les rares moments de bonheur qui restent dans mon souvenir (mais pourquoi ne nous ont-ils jamais emmenés sur la belle plage d'Hendaye ?) Je ne me souviens que de deux noms : Mr Faitaut qui faisait partie de l'équipe de direction et un camarade qui était dans mon dortoir, il s'appelait Portelette et habitait Fougères. Quelle joie le jour de la libération : 31 Mai 1952, le retour à une vie normale d'un petit garçon qui allait bientôt avoir 10 ans. Mais quels tristes souvenirs !