Yveline BREYSSE

 

Je suis arrivée à l'Enfant Roi avec mes parents en 1959, j'avais 9ans.

J'ai habité  à l'enfant roi de 1960 à 1964 car mon père  était instituteur dans cet établissement et bénéficiait d’un appartement  de fonctions.

Il a assuré aussi pendant quelques mois la surveillance générale de cet établissement.
Étant donné que j'étais en classes primaires avec lui, j'ai connu les enfants qui ont séjourné à l'enfant Roi, la plupart était mes camarades de classe du CE2 au CM2. Que de souvenirs.... bien lointains cependant....

 

Mon père, Mr Breysse, était instituteur et avait choisi ce poste dans cet établissement, par choix, après avoir fait une formation pendant un an pour  l'éducation des enfants et adolescents déficients ou inadaptés physiques. Il a été nommé directeur de l'école.

Je me souviens de deux  institutrices, Marie-Josée Soulé, (que je revois de temps en temps) et Denise Bernet,(qui a été, ensuite, ma prof de maths au collège d'Hendaye) très gentilles aussi, qui avaient les même principes d'éducation

que mon père.

Je partageais leurs journées en classe ainsi que tous leurs jeux,

leurs contraintes pendant les promenades ou sorties à la plage.

 

Le monsieur avec les lunettes : Papa, M Beysse. Avec un pied dans l'eau : Peynabère
La tête baissée : Robert Riffaud.

 

J'ai grandi avec les enfants pensionnaires car j'étais dans la classe de mon père pendant 3 ans jusqu'en 1962.

Je suivais les cours de CE1, CE2, CM1 et CM2. La classe était celle où apparaissait la chapelle lorsqu'on  ouvrait au fond la cloison mobile

Il y avait aussi un piano sur la droite, sur lequel j'allais jouer souvent.

 

Nous vivions dans le bâtiment administratif, pompeusement appelé "château" à l'époque, au 2ème étage, à côté des chambres des monitrices.

Bâtiment administratif appelé « le château »
 

Mon père était scandalisé par les brimades faites aux enfants et a lutté au maximum pour empêcher cela.
Une doctoresse, Mlle Meur, qui, excusez-moi du terme, qui était une vraie teigne faisait la pluie et le beau temps, plus que la directrice, dans l'établissement. Mon père s'accrochait sans arrêt avec elle, n'étant pas du tout d'accord avec ses principes d'éducation et de traitement des enfants. Elle les laissait devant leur déjeuner jusqu'au repas suivant s'ils n'avaient pas voulu boire leur lait et manger leurs tartines. Elle les forçait et, comme tous les autres le décrivent dans leurs témoignages, leur faisait manger leur vomi.
Papa était surveillant général de l'établissement mais a abandonné ce poste suite à son profond désaccord avec la doctoresse, ne cautionnant pas sa façon d'agir.
Il a lutté contre ça jusqu'à s'en rendre malade et faire un AVC à l'âge de 32 ans, dont il s'est remis avec quelques faibles séquelles au niveau de la parole.
Après son AVC, il a repris la classe au bout d'un mois, sans pouvoir vraiment parler mais il faisait ses cours tout en écriture au tableau. Il ne voulait pas laisser les enfants au réfectoire après les repas aux prises avec les cheftaines "difficiles" mais qui n'avaient pas d'autre solution pour garder leur travail, que de se conformer aux ordres. 
Cependant, je me souviens d'une, qui était très gentille, Angeline, et que j'ai retrouvé, des années après, à la crèche de l'hôpital où je travaillais.
Je me souviens aussi des séances de para-germes où on nous rassemblait dans une pièce, avec un "nébuliseur" de désinfectant (qui sentait bon!...) et papa nous faisait chanter des chansons qu'il nous apprenait, afin que l'on respire à fond. Cela empêchait les maladies, grippes, gastros et autres épidémies. Ce n'était pas désagréable et pendant ce temps, les enfants étaient heureux, libres de bouger, de parler......
 
M Breysse était très apprécié par les élèves (ci-dessous un dessin accompagné d'un petit mot qu'ils lui avaient offert lors de la fête des pères) et beaucoup ont gardé des contacts avec lui jusque et après l'âge adulte. Une pleine boîte de lettres et de cartes postales qu'il a conservées précieusement en sont la preuve.

D'autres on fait le voyage pour venir lui rendre visite des années après et le remercier de les avoir poussés à travailler, ce qui leur a permis de trouver un travail alors qu'ils avaient été jugés incapables, voire débiles, par la direction de l'époque.

Mon père avait réussi à imposer quelques travaux pratiques pour les filles, ainsi ma mère participait activement à la vie de l'école et enseignait la couture, la broderie aux filles qui le désiraient. Lui apprenait quelques rudiments de bricolageaux garçons.
Lorsque cette doctoresse est partie, je crois que c'était en 1964, les choses ont commencé à changer. Un  nouveau médecin,Dr Labèque, ainsi qu'une nouvelle direction ont permis de faire, petit à petit, une profonde restructuration de l'établissement.

Le jeudi et le dimanche, et pendant les vacances d'été, papa nous amenait à la plage d'Haiçabia (celle où se trouvait, et se trouve toujours la piscine en béton), apprenait à nager à ceux qui avaient peur de l'eau, et les faisait jouer au maximum. (Voir photos).

Pour aller au bord de l'océan, on descendait une petite route puis, sur la droite, on bifurquait dans un chemin au milieu des fougères. On arrivait sur la route de la corniche, on traversait, on descendait un plan incliné pour aller jusqu'à l'eau.

Et notre plage n'était qu'avec des cailloux, juste à côté de la piscine en béton. Mais je me souviens qu'on s'amusait bien sur les rochers. Ça s’appelait  Haiçabia et ça n'a pas changé..