GERARD VERDIER 1961 à 1963


J’ai fréquenté avec ma sœur 2 établissements de ce type :
- En 1961, 5 mois, et 1963, 1 mois le « centre hélio-marin de Biarritz et pouponnière agréés, enfants de 2 à 12 ans ; Société Civile de l’aérium de Biarritz (SCAB) »
- et en 1962, 5 mois, le «Préventorium hélio-marin l’enfant roi SA Château de Bordaberry ; Hendaye-Plage »
J’ai toujours cru que c’était des colonies où je passais un mois d’été. C’est en découvrant des documents (notre mère gardant beaucoup de documents et photos que j’ai découverts à son décès) et en naviguant sur les blogs que certains souvenirs ont ressurgi. Cela fait plusieurs années que je suis les blogs de ces « colonies ». Le livre enquête de Fanny MARLIER « Les enfants sacrifiés des pensionnats sanitaires » dans lequel je témoigne a apporté beaucoup d’éclaircissements sur ces « centres ».
C’est pourquoi je poste ce message sur les 3 blogs :
- celui de l’aérium de Biarritz : creapoemes.com (Il existait un ancien blog que je suivais à l’adresse ilbarritz.com, mais il a été censuré comme expliqué sur le nouveau site) :
- https://centreheliomarinbiarritz.webnode.fr
- celui de l’enfant roi : lenfantroihendaye.webnode.fr.
Ces sites sont remplis de témoignages édifiants sur les maltraitances que subissaient les enfants dans ces sortes de centres de santé. Comme d’autres, c’est la sécurité sociale de l’époque qui leur servait de rabatteur. Je me souviens encore de la visite médicale dans le centre du cours de la Libération à Grenoble, la balance à poids, la cuti avec une pointe, etc. J’ai été « jugé » rachitique ; pourtant, quand je regarde mes photos de l’époque, j’étais plutôt joufflu...
Je suis allé à Biarritz avec ma sœur de juin à octobre 1961. J’avais 5 ans et elle 3 ans.
Puis à l’enfant roi du 20 juillet au décembre 1962. La malchance a voulu que nous y soyons pendant les années de la doctoresse Mme Mxxx qui terrorisait tout le personnel jusqu’au directeur. Quelques années avant, elle était passée en justice pour de multiples plaintes pour mauvais traitements ; malgré tous les témoignages, elle a plaidé une « méthode thérapeutique » et les appuis politiques de l’époque ont permis son acquittement.
Après son départ, les témoignages montrent que les conditions se sont améliorées.
Et enfin de nouveau Biarritz en juillet 1963 ; je me souviens encore comme on suppliait notre mère de ne pas retourner à l’enfant roi la troisième fois ; quand on voit les témoignages sur les 2 centres on peut se demander lequel est le moins pire. Malgré la distance, nos parents sont venus nous chercher un mois après ; ont-ils appris par la presse ce qui se passait dans ces centres ?
Je possède divers documents :
- Une lettre de la direction du 15/10/62 signée
« Mme Meur, Pour le Directeur »: le médecin contrôleur de la caisse de sécurité sociale de Bayonne accorde une prolongation du séjour
jusqu’à fin décembre. (on remarquera l’abject de cet « ordre officiel» qui pour une semaine
aurait pu nous permettre d’être avec nos parents pour Noël) ; s’en suit un charabia médical pour justifier cette prolongation de séjour.


J’ai quelques souvenirs de ces 2 centres, mais qui se mélangent parfois. Je vais les énoncer. Merci de me confirmer ou infirmer, s’ils croisent les vôtres.
Souvenirs l’enfant roi :
- une plage avec de grands rochers plats couverts de coquillages coniques qu’on appelait chapeaux chinois.
- le fronton de pelote basque avec ses gradins où on s’ennuyait des heures entières (j’ai longtemps cru que c’était un court de tennis jusqu’à la lecture du blog). Je me souviens y avoir joué à l’épervier, aux gendarmes et voleurs
- L’infirmerie. (Nous avons eu la malchance d’y être pendant les années de la doctoresse Mme Meur, décrite par tous les témoignages comme une sadique faisant la pluie et le beau temps à la place du directeur, et souvent en conflit avec le personnel, lui-même menacé ; elle a eu de gros problèmes avec la justice, mais étonnamment protégée par le système...)
- Un grand préau peut-être fermé, où on s’ennuyait également ; les jeux étaient les osselets, le tricotin et le jeu de ficelle, Jacques a dit...
- Une balançoire russe, tout au fond du jardin, faite d’une poutre suspendue aux 2 bouts. Seuls les grands avaient le droit de s’y asseoir à plusieurs. C’était extrêmement dangereux. Il y a eu des accidents.
- Les enfants qui avaient fait pipi au lit avec leur drap sur la tête au pied du lit pendant le petit déjeuner.
- La séance de coupage des ongles ; un supplice : la monitrice coupait le début de l’ongle et tirait d’un coup sec pour arracher le reste. Beaucoup de sang et de pleurs.
- les siestes interminables à l’extérieur, sur une couverture, sans bouger.
- Si on ne mangeait pas, on tapait la tête de l’enfant contre le mur pour le forcer à avaler (ma sœur).
- La lingère qui volait le contenu des colis envoyés par les parents.
- Une grande salle où on projetait des dessins animé et des films de western. Je m’y étais caché et une Mme Meur avait fait arrêter la séance car elle me cherchait pour me faire ma piqûre ; je ne me suis pas montré ; que s’est-il passé après ?
- J’étais dans le bâtiment du haut avec un terrain en pente devant. On y chantait « le fermier dans son pré » et de grands coups sur le pauvre dernier « le fromage est battu ».
- Un instituteur super sympa qui donnait une image animée au bout de dix bons points. Ce n’était pas le directeur M. Breysse dont beaucoup d’enfants se souviennent comme d’une bonne personne qui « emmenait à la mer tous les enfants qui le souhaitaient pendant les vacances, surtout pour les protéger des maltraitances de la terrible doctoresse, et des cheftaines, qui elles, étaient contraintes d'obéir aux ordres de cette personne » (témoignage de sa fille). J’y ai commencé mon CP. (Peut-être à l’origine de ma vocation ; j’étais instit), avec un des deux autres instituteurs, M. Duvignac ou M. Darrigol, dans la salle avec la carte de France.
- Certainement pour la fête de Noël ".............., on a joué une scénette (un roi, une reine, un prince) ; on était déguisés avec du papier crépon. La fête se déroulait sur le fronton.
- D’une partie du jardin, on apercevait un camping en bas. Nos parents s’y trouvaient lors de leur unique visite.
Souvenirs imprécis quant au lieu :
- Au réfectoire, des petits casiers en bois pour ranger les serviettes. On les pliait en forme de souris.
- Un homme (moniteur, instit?) qui dessinait au crayon le portrait des enfants ; j’ai encore le mien.
- Des chants appris : le grand cerf,...
- Sur le chemin de la plage, il y avait une tyrolienne ; un enfant s’est cassé le bras.
- Une balade vers une grande salle pleine d’enfants, sur une colline (chapelle ?)
- Dans la cour, une gloriette, et à côté une balançoire à nacelle en vis à vis ; le jour de notre arrivée, ma sœur s’y est coincée le pied en passant à travers.
- Un jour de très forte chaleur il y avait une espèce de piscine avec une bâche sur des bottes de paille, et des tuyaux d’arrosage pour nous asperger.
J’ai fréquenté ces deux endroits innommables 3 ans de suite. Il en a existé beaucoup d’autres. Comment tout cela va-t-il pu être institutionnalisé et étouffé ? Et pourquoi ? Quand on voit tous ces témoignages, c’est pour moi LE scandale d’état de l’après-guerre.
En Allemagne, ce sont des millions d’enfants qui ont subi le même sort ; ils ont obtenu la reconnaissance de l’état en 2023.
Le pire, c’est le remord et le sentiment de culpabilité de nos parents quand ils ont appris, certainement par la presse, la réalité de ces établissements, alors qu’ils croyaient se séparer de nous des mois pour notre bien…On n’en parlait jamais.
Je possède divers documents :
- Le document « règlement intérieur », avec le tarif : « participation » 13 920 F anciens (244 € actualisés tenant compte de l’inflation ) ; pour 2 enfants, le 1er mois.


- le pin’s officiel de l’enfant roi représentant un bateau. voir page d'acceuil.

- Le document « Trousseau »
- Une photo de ma sœur et moi devant l’accueil sur un banc de jardin jaune (repeint en vert sur une photo du Directeur/instituteur M Breysse vers 1975) ; pour l’occasion, nos parents avaient acheté une pellicule couleur : la 1ère photo de moi en couleurs. VOIR HAUT DE PAGE
- un récépissé d’un envoi de colis de vêtements du 22/10/1962.
- Une lettre de la direction demandant d’envoyer des jouets pour Noël.

- Une lettre de la direction du 15/10/62 signée
- Les 5 bilans de santé de ma sœur signés par Mme Meur, destinés à nos parents, avec toujours un charabia
- Tous les courriers envoyés à nos parents sur cartes postales « l’enfant roi » : toujours le même discours « tout va bien »
- Les N° 7 15 16 20 135 139 et « dortoirs roses » de la collection des cartes postales « l’enfant roi » de divers éditeurs.
